Précarité et impermanence

18 octobre 2006

Tout comme Mme Parisot, j’éprouve un ennui certain et non dissimulé lorsque je constate l’emploi réitératif et abusif de termes « à la mode », devenus de véritables abcès de fixation. Surtout quand ces termes se retrouvent dans la bouche de personnes qui, de par les responsabilités qu’elles détiennent, devraient faire preuve d’un minimum de rigueur intellectuelle.

Ainsi, la notion de précarité et l’utilisation à tout-va du terme précaire, comme par exemple dans cette petite phrase au goût douteux : « La vie, l’amour, la santé sont précaires ; pourquoi le travail ne le serait-il pas ? » Avant d’aller plus loin dans l’analyse, il me vient un certain malaise à la lecture de cette proposition.

Ne faudrait-il pas plutôt l’entendre en inversé, à savoir : « Le travail est précaire. Pourquoi la vie ne le serait-elle pas ? »

Quoi qu’il en soit, le langage ne permet pas de suivre toutes les arabesques de la pensée, et encore moins de cautionner celles qui tendent à escamoter un problème réel via des artifices rhétoriques.

La précarité (du latin precarius, « obtenu par prière »), bien entendu, est ce qui caractérise le travail à l’heure actuelle et depuis un certain nombre d’années. A savoir sa révocabilité, l’incertitude du lendemain qui y est corrélée et, plus globalement, une vie où l’avenir se mesure en mois, en jours voire en heures. Il est généralement admis que cette instabilité est voulue au nom de la flexibilité et des besoins des entreprises. Le terme suppose de plus une certaine dépendance par rapport à une instance supérieure.

La vie, pour autant, est-elle précaire ? Non, elle est impermanente, transitoire… Le bouddhisme nous a suffisamment éclairés à ce sujet. Tout être qui naît est par exemple appelé à grandir, à se transformer, à vivre des situations différentes et à disparaître. Personne ne peut rien y changer parce que les choses sont ainsi et le resteront tant que le Monde sera monde.

On peut donc dire que l’impermanence est une donnée constitutive de l’existence en général, sans qu’il soit besoin de l’intervention de l’Homme (qui d’ailleurs « résiste » à cet état de fait). La précarité, quant à elle, résulte bien du pouvoir qu’un être humain peut exercer sur un autre être humain, sur ses conditions de vie, sur son travail. C’est une donnée surajoutée à l’ordre naturel et, en tant que telle, modifiable par le libre-arbitre de l’être humain.

Il y a donc bien, dans la petite phrase sus mentionnée, un glissement de sens doublé d’un abus de langage, une fausse évidence visant à faire accepter comme inéluctable ce qui n’est que décidé arbitrairement.

Une telle analyse peut sembler relever d’un coupage de cheveux futile et sans grande conséquence pratique, sauf à se rappeler le proverbe chinois : « Les sociétés, comme le poisson, pourrissent par la tête ».

Au niveau concret et immédiat, cela pourrait donner quelque chose comme : Quand on commence à penser n’importe comment, on finit par faire n’importe quoi.

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Une Réponse to “Précarité et impermanence”

  1. sunilb Says:

    Merci de trouver mon blog interessant

    Concernant votre concept de precarite, j’y adhere entierement :
     » La vie est comme un pont,
    n’y construis pas ta maison »
    ce proverbe chinois est rempli de sens


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